Emmanuel Macron doit se rendre fin juin 2018 en visite officielle en Mauritanie. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, dont il loue « le pragmatisme », est-il un solide maillon de la lutte anti terroriste au Sahel? Pas certain !

 D’après le journal « Jeune Afrique », le président français est attendu à Nouakchott d’ici à la fin juin 2018, juste avant la réunion du G5 Sahel qui doit s’y tenir en juillet. Les discussions porteront notamment sur la lutte contre le terrorisme au Sahel, une priorité absolue du président Macron obsédé par l’idée de rapatrier les troupes françaises d’Afrique et la seule carte face à ses alliés pour un président Aziz affaibli par une contestation interne grandissante.

Reste qu’Emmanuel Macron doit se souvenir que malgré les promesses du président Aziz à Laurent Fabius, aucun soldat mauritanien n’a été envoyé par l’état mauritanien pour combattre dans le cadre de l’expédition militaire, dite opération Serval, que l’armée française mena en janvier 2013 au Nord du Mali.

Premier souci, le chef de l’état français va-t-il se présenter, les poches percées, comme il l’a fait lors des voyages officiels en Tunisie ou au Sénégal, où quelques conversions de dettes et de maigres aides à une poignée de start-ups ont été le seul horizon d’une coopération soi disant renouvelée? Or en matière sécuritaire, l’équipement des 5000 hommes de la force G5 Sahel pose de graves problèmes de financement.

Pour l’instant, la France vient de contribuer pour 8 millions d’euros seulement à cette armée en gestation contre 130 millions pour les Emirats et l’Arabie Saoudite. Emmanuel Macron, a donné les clés du Sahel aux monarchies pétrolières qui ainsi, dans une approche consensuelle, financent les deux parties en présence, djihadistes d’un coté et forces armées étatiques de l’autre. Il faudra à Emmanuel Macron d’autres arguments sonnants et trébuchants pour se faire entendre à Nouakchott. Dispose-t-il es marges de manoeuvre budgétaires? Rien n’est moins sur.

Le mirage mauritanien

D’après « Jeune Afrique » toujours, décidément bien en cour à l’Elysée, Emmanuel Macron apprécierait « le pragmatisme » de Mohamed Ould Abdel Aziz. Il n’est pas certain que cette notion toute macronnienne définisse l’approche sécuritaire de l’actuel pouvoir mauritanien, plus empreinte de duplicité que de réalisme. De notoriété publique, le président Aziz a passé un pacte douteux en 2010 avec les amis de Ben Laden qui, moyennant quelques gratifications, se tiennent tranquilles. Il y a mieux: un site internet proche du pouvoir n’hésite pas à Nouakchott à publier les communiqués des groupes terroristes, y compris quand ils attaquent une base gazière en Algérie en 2013. Autant d’initiatives qui sont sans doute à mettre au crédit du « pragmatisme » du président Aziz.

En prime, le pouvoir mauritanien offre aux ex chefs terroristes le gite et le couvert et organise chez lui une véritable base arrière pour djihadistes fatiqués. Les représentants des mouvements indépendantistes du Nord Mali ont pignon sur rue à Nouakchott. Par ailleurs, le mauritanien Lemine Ould Salem, domicilié à Paris, a pu s’entretenir longuement avec celui qui a été l’un des plus hauts dignitaires d’Al-Qaida, Abou Hafs. Le journaliste raconte cette incroyable rencontre dans un livre intitulé « L’histoire secrète du Djihad. D’Al-Qaida à l’Etat islamique ». Etrange proximité, la belle villa d’Abou Hafs fait face à Nouakchott à celle de l’ancen chef de la Sécurité d’Aziz.

Un paix civile précaire

Ces dernières années, ces arrangements douteux ont garanti une certaine paix civile à la Mauritanie. Contrairement aux Maliens ou aux Nigériens, les Mauritaniens n’ont guère connu d’attentats spectaculaires. Mais pour combien de temps? Et à quel prix? Pour diner avec le diable terroriste, il faut une longue cuillère, dont le pouvoir mauritanien ignore l’usage.

On sait le poids qu’ont pesé les services secrets algériens de l’ancien DRS sur l’histoire récente de la Mauritanie et sur les coups d’état qui s’y sont succédés. Les polices parallèles du grand frère algérien ont exercé une véritable fascination sur le jeune Aziz formé à l’école du Basep, la garde prétorienne du régime qui vit plus de prébendes que de l’art militaire.

Le président Macron n’est pas sans connaitre l’examen de conscience du pouvoir algérien. Aidé en cela par la France de François Hollande, l’Algérie a choisi, fin 2015, de décapiter l’ancien DRS, véritable Etat dans l’Etat et de tourner le dos aux arrangements meurtriers et secrets avec le GIA n’étaient pas de nature à éradiquer le terrorisme.

Petit pays par la population mais grand par son histoire et par sa superficie, la Mauritanie fait encore partie du pré carré français en Afrique. A conforter un régime déconsidéré en interne et discrédité sur le plan régional et international, le président français servirait une bien incertaine idée de la France.

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