Mauritanie : Esclavage sur mineur

Tentative de dissimulation, recel et blanchiment de crime

Une attitude prévisible

Comme nous le pressentions à l’occasion d’une note d’alerte du 13 février, sur le récent cas d’esclavage, dans la région du Guidimakha, la fabrique du déni automatique et de la contrefaçon s’est mise en branle, comme un réflexe. Une vidéo partagée au fil des réseaux sociaux expose la nouvelle version de l’enfant victime de travail forcé, avec le concours de ses présumés parents, tous en plein exercice de falsification. Ils contestent les faits initialement allégués et accusent l’Ira d’avoir inventé le récit. Entouré des adultes auteurs de son sort, le garçonnet de 8 ans témoigne contre la dame qui l’a recueilli, chez elle, au village de Zweinliya. Selon lui, elle l’aurait contraint à raconter une fausse histoire, en l’occurrence celle de l’audio où il explique son calvaire et les raisons de sa fuite, loin du bercail, à la recherche d’un asile. En somme, le maître devient un oncle, Beibbeu n’a jamais été molesté ni obligé de garder le bétail et, surtout, il se serait perdu dans la nature, jusqu’à son arrivée dans une localité distante de 13 km environ. Il convient de bien visionner le film de propagande (cliquer ici) pour défaire le montage et en dénouer les ficelles.

Une tradition d’imposture

Depuis la dictature du Colonel Ould Taya et ses déboires fameux avec l’association SOS Esclaves, les services de sécurité se sont habitués à la posture défensive du démenti, peu importent les moyens requis à la réalisation d’une telle fin. Pour produire de la fraude en vue de travestir l’actualité de l’esclavage, tribu, parents, connaissances, proches, voisins ou badauds sont soumis à un cumul de pression – de la menace à la promesse, en passant par l’achat des consciences.

En vertu de cette jurisprudence du pire, l’honorable Mohamed Ould Ikabrou, Procureur de la république à Selibaby, déclarait aux militants de Ira venus dénoncer la maltraitance et le trafic de personne, que la lanceuse d’alerte, à l’origine de l’affaire, est une « ressortissante du Mali » prise en flagrant délit de nuisance à l’image de la Mauritanie. Or, la brave Hawa Mint Bilal secourait un humain en bas âge, guenilleux, épuisé et urinant le sang.

MAURITANIE : LES CHEMINS OBLIQUES DE LA DISCRIMINATION

Causes, enjeux et conséquences d’une imposture

Faits

Vendredi 31 janvier 2020, lors d’une séance plénière de la première session ordinaire du Parlement, Cheikh Ould Baya, président de l’institution, au nom de l’Union pour la république (Upr), le parti du Chef de l’Etat, apostrophait la députée de l’opposition, Madame Coumba Dada Kane, en des termes sans équivoque : « Un discours en français n’a pas de sens ici à l’assemblée nationale. Il n’a plus de sens » ; plus tard, il renchérit, toujours dans la langue ainsi rejetée : « Si, vous parlez en français, sachez que, en tout cas, les électeurs qui vous ont élu, ne vous comprendront pas ».

Contexte

Cheikh Ould Baya récidive ; à mainte reprise, devant ses collègues, il déclarait n’aimer ni ne respecter le Français, symbole, à ses yeux, de l’héritage colonial. D’ailleurs, le zèle du député-maire de Zouérate l’avait conduit à affirmer, le 28 juillet 2017, lors d’un meeting en compagnie de l’ancien Président Mohamed Ould Abdel Aziz, dans son fief municipal : « l’hymne national a été élaboré par un homme qui collaborait avec le colonisateur et chanté par un petit groupe de personnes » ; le propos visait feu Baba Ould Cheikh Sidiya, l’auteur de la politique de « pacification » au début du 20ème siècle ; aussitôt, ses nombreux disciples et admirateurs se mirent à manifester. Ould Baya leur présentait alors ses excuses, mettant un épilogue provisoire à une campagne de réécriture de l’histoire qui  ressurgit, à intervalle irrégulier, depuis le putsch du 10 juillet 1978 ; de la fabrique de faux résistants et de généalogies contrefaites, à la modification du drapeau et de l’hymne, la Mauritanie parachevait, pendant les deux quinquennats de Mohamed Ould Abdel Aziz, la tentative de modification de son récit, conduite par l’Etat et sous sa caution.

https://1.bp.blogspot.com/-XbHNzNF4Pmo/XjVrsQ8Lg0I/AAAAAAAATL8/V5tNpIzrHpIQoH7pt1sODugJoenUWV96QCLcBGAsYHQ/s400/Sans%2Btitre%2B1.bmpBonjour Mohamed MKHAITIR,  présentez vous aux lecteurs du site Guidumakha.com

Je m'appelle Mohamed MKHAITIR, Administrateur Civil de formation. J'ai fréquenté l'école primaire à Guerou, ma ville natale, le collège de Kiffa, les lycées d'Aioun et de Nouakchott, après mon Baccalauréat, lettres modernes en 1981, j'étais admis au concours de l'ENA de Nouakchott où j’y ai fait le cycle A long pour sortir  en 1985  après un stage à l'ENA de Tunis, avec  mon diplôme d'Administrateur Civil. J'ai servi de 1987 à 2015 aux postes de Commandement Territorial (Préfet, Chef d'Arrondissement et Wali Mouçaid...).J'ai décidé en 2016, après que le pays devînt le théâtre d'un obscurantisme géré lâchement par un militaire inculte et peu soucieux de la cohésion de ce pays devenu arène de lutte entre des Communautés qui se replient chacune derrière un discours identitaire.

Les Haratines ressassent, à raison assurément, les litanies récriminatoires d'un passé dont les anachronismes restent indélébiles sur le plan économique, social et culturel. Les negro mauritaniens déplorent le racisme d'un État qui, depuis l'avènement des militaires en 1978, les a systématiquement exclus à travers une arabisation à outrance, à travers des liquidations extra judiciaires, des déportations forcées et un état civil prosaïquement ciblé à dessein !!!

Au sein de la communauté maure, l'explosion des particularismes menace de ses éclats.

1-Vous avez quitté la Mauritanie en  décembre 2016 sous  prétexte  que vous êtes menacé  en permanence avec votre famille, vous étiez menacé par qui et pourquoi le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz n'a pas assuré votre protection ?

Il ne s'agissait pas d'une menace qui planait sur ma seule personne mais plutôt sur tout le pays. Je suis sorti pour mobiliser l'opinion internationale  sur le cas de mon fils .Celle ci a fortement influencé le cours des événements : grâce à mon départ le dernier jugement rendu était pour le libérer. L’Islam n'a pas changé de version et les magistrats et Vaghihs qui l'ont libéré sont ceux là mêmes qui le condamnaient à mort : réfléchissez y bien !!!!

Interview très fructueuse avec M. Baliou Mamayary Coulibaly, professeur d’anglais, journaliste, homme de culture et fervent militant des droits humains. Il  a ouvert ses portes pour répondre à nos questions d’actualité sociale dans le milieu Soninké. Bonne lecture.

 

1-Bonjour Baliou Mamayary Coulibaly, merci d’avoir accepté à répondre aux questions du site guidumakha.com, pouvez vous nous présenter votre parcours aux lecteurs ?

Merci Monsieur Dicko pour m’avoir donné l’occasion de m’adresser à vos lecteurs. Je m’appelle Ba Aliou Coulibaly connu sous le nom de Baliou Mamayary, je suis originaire de Kaédi, Gattaga. J’ai fait mes études à Kaédi,  après mon bac en 1985 j’ai poursuivi les études à l’université de Nouakchott, ensuite j’ai intégré  l’Ecole Normale  Supérieure ou je suis sorti comme professeur d’Anglais. J’ai enseigné pendant 12 ans avant d’intégrer Oxfam GB comme chargé de l’interprétation et de la Communication. Aujourd’hui je travaille dans le domaine de la gouvernance des industries extractives. Parallèlement à ces activités je milite activement pour le respect des droits humains de manière générale et je  lutte  contre les pratiques  esclavagistes en milieu Soninké de manière particulière.

 

2-Vous êtes le porte parole d’un Collectif de Lutte Contre l’esclavage en milieu Soninké, votre collectif est composé de combien d’associations et citez nous leurs noms ?